La vraie égalité ne se trouve pas dans le favoritisme mais dans le traitement juste et impartial pour tous. – Thomas Sowell
Après l’Independence haïtienne en 1804, le pays a connu des gouvernements militaires qui se faisaient renversés les uns après les autres par des révoltes ou toutes formes d’oppositions. L’instabilité politique de cette jeune république était chronique, les périodes de paix rares, ce qui entravait la prospérité d’Haïti en tant que nation. Les lois étaient érigées afin de favoriser uniquement les gouvernements et empêcher toute opposition. Le peuple suffoquait sous le poids de cette situation, à cette période, où on ne pouvait pas parler de droits de l’homme. Les droits de l’homme étaient délibérément piétinés. La lutte pour le pouvoir était la seule politique publique. La population dans son ensemble était livrée à elle-même et un plan de développement durable était bien loin. On n’avançait pas en tant que peuple surtout en ce qui concernait les droits de la personne humaine. Durant ces décennies sombres, les femmes faisaient parmi des groupes marginalisés, l’égalité des inégalités était la mode. Ces groupes de marginaux subissaient un résultat complexe ayant un aspect culturel, politique, social et économique. Cela constituait une autre entrave dans la quête de développement du pays parce que les femmes contribuaient grandement depuis bien avant la naissance de la nation. Elles ont activement pris part à la guerre de l’indépendance, elles étaient des soldates, des guérisseuses, des combattantes… En 1950, les femmes haïtiennes ont obtenu le droit de vote, marquant un tournant important dans leur lutte et renforçant le mouvement féministe. De l’indépendance jusqu’à la période des Duvalier, elles se sont battues pour une justice sociale et égalitaire… pour que les lois soient équitables… pour une égalité de chance.
La chute du régime brutal et totalitaire des Duvalier constituait un point de basculement du système en place. A la fin de ce régime, l’ère démocratique et le règne des droits humains vont propulser la lutte des femmes. Il est important de souligner que la loi de 1982 a contribué à la réalisation des droits des femmes. En effet, la Constitution de 1983 consacrait déjà sous la pression des féministes haïtiens et internationaux plusieurs droits humains. Mais l’ère post-Duvalier était une occasion pour le peuple haïtien de réformer les lois, pour qu’ils répondent aux droits humanitaires, d’équité pour tous. La quête pour instaurer la démocratie devient possible. La justice sociale était un chemin obligé pour corriger les erreurs du passé et placer chaque haïtien égal devant la loi. Une loi équitable. C’est là que la Constitution de 1987 rentre en scène… «Les haïtiens, sans distinction de sexe et d’état civil, âge de dix-huit (18) ans accomplis, peuvent exercer leurs droits civils et politiques, s’ils réunissent les autres conditions prévues par la Constitution et par la loi. » garantit l’article 17
L’article 18 se veut être plus précis…«Les haïtiens sont égaux devant la loi sous la réserve des avantages confères aux haïtiens d’origine qui n’ont jamais renoncé à leur nationalité. »
La Constitution de 1987 consacrait déjà au peuple la source du pouvoir. Au peuple ! Sans distinction. Une justice aux yeux bandés. Ses intentions étaient démocratiques, malgré cela elle a été confrontée peu après sa création à des violations, l’éternel lutte pour le pouvoir et… son amendement. A peine instituée, sans avoir eu le temps de l’utiliser pour pouvoir déceler ses limites que ses principes fondamentaux étaient déjà contournés. Apres vingt-quatre années de non utilisation, l’article 17 était désormais modifié. Ce dernier requiert pourtant pas un doctorat en droit pour l’interpréter, n’était pas non plus une énigme d’une complexité sophistiqué. La portion ajoutée est une insulte… On avait franchi un virage important juste pour faire demi-tour. L’article se lit comme suit : « … le principe du quota d’au moins trente pour cent (30%) de femmes est reconnu à tous les niveaux de la vie nationale, notamment dans les services publics. »
L’alinéa ajouté se voulait être une perle de sagesse inestimable… La vie des femmes était inachevée sans elle…Parce qu’être égal devant la loi ne suffit pas. Pourtant cette dernière nous renvoi au débat déjà résolu par la Constitution de 1987. Le législateur a choisi le favoritisme parce que les femmes ont souffert au cours de l’histoire, elles ont besoin d’un coup de pouce. L’article si simple devient désormais une danse entre la logique et le non-sens. Elle met mal à l’aise. Elle transpire le favoritisme… Pendant que la version originelle prônait la méritocratie et l’équité.
Le favoritisme et la méritocratie sont au cœur du débat de l’égalité. Si la méritocratie vise à récompenser l’individu sur le mérite, le favoritisme met totalement de côté le mérite. Dans certaines sociétés, après que certains groupes aient été marginalisés, on cherche à les rééquilibrer en les incluant dans la vie nationale pour aider les anciens groupes lésés à retrouver leur place. Dans une société où les lois se veulent être aveugles et qui se réclament des valeurs démocratiques, des lois favoritismes sont-elles nécessaire ? Veut-on d’une société qui juge les autres en fonction de leur caractère, leur capacité ou d’un quota ? Est-ce une demande de réparation d’une situation que la plupart des femmes qui évoluent n’ont pas vraiment vécue ? Qu’en est-il des autres groupes marginalisés dans le temps, n’auront-ils pas leur part de réparation ? Pourquoi vouloir la réparation quand il y a des lois qui viennent tout réguler ? Quand va durer cet effet rétroactive des situations ? Cette loi n’infantilise pas la femme à nouveau ? Quel message cet ajout renvoi il ? Que les femmes sont toujours des victimes aux yeux de la loi ? Qu’elles ne sont pas autonomes assez et qu’il est impératif qu’on leur tienne la main ? Les femmes ont-elles des postes à cause du 30% ou à cause de leur capacité ?
Mentalement, la plupart de ces réponses se répondent par la négation. Dans la vie nationale, les concours sont partout, dans tous les domaines. Les places dans les institutions respectées sont toujours limitées par manque de ressources financières et humaines. Du kindergarten à l’université, un système de concours s’est établi et accepté. Ceux qui ne peuvent pas passer par ce moule sont automatiquement rejeté(e)s. Comment avoir un quota dans un concours de toute façon?
L’individu de sexe féminin qui a franchi ses étapes, a-t-elle été favorisé ? L’article implique que dans la vie nationale une attention particulière est portée aux candidatures féminines. Elle implique aussi dans l’administration publique malgré les appels à la candidature, les postulants sont jugés en fonction de leur genre pour pouvoir avoir un scenario d’au moins 30% de femmes. L’article veut aussi faire croire que les cabinets des ministres sont formés de la sorte. Des candidats masculins sont-ils écartés intentionnellement à cause de ce quota ? En quoi cette approche est une justice sociale ? Pourquoi chercher à avoir les mêmes résultats pour les deux genres dans chaque situation où le mérite devrait être la seule porte d’entrée?
Pourtant, le même résultat est un piège totalement destructeur. Le quota de 30 % est une perversion du principe d’égalité que réclame la Constitution de 1987. Ce quota pourrait créer des injustices au lieu de les résoudre. Si l’on part du principe du quota, l’excellence nous quittera pour servir les caprices d’un scenario. Le traitement devrait être équitable et les chances égales. Le choix du favoritisme serait alors un nivellement vers le bas. Si les valeurs démocratiques et les droits de la personne humaine sont importants au regard uniquement des principes d’équité et d’égalité, le scenario du quota de 30% est une discussion incontournable au sein de la société haïtienne.
Notre histoire est complexe et est rempli jusqu’à nos jours de défis. Une chose est sure le courage et la résilience des haïtiens constitue l’un de ces points forts. La quête d’une nation égalitaire est à espérer. C’est un engagement collectif. L’appel pour chercher des moyens équitables se fait entendre. Il sera un héritage aux futures générations qui sauront que chacun a eu la possibilité d’apporter sa contribution sur la base du mérite. Elles sauront alors qu’elles bénéficient d’un progrès accompli dans le respect des droits fondamentaux de la personne humaine.













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