Pétion-ville, décembre 2019…
La nuit commençait à s’épaissir. La petite voiture fendait un vacarme de vent sec. Les gens, malgré l’insécurité, sortaient dans les rues. C’est intéressant de constater à quel point, la vie trouve toujours une astuce pour revenir, encore et encore. On peut toujours compter sur elle pour qu’elle se régénère d’elle-même.
Ce soir-là, nous cherchions une marchande de fruits pour qu’une amie, Angéla, puisse faire un panier cadeau. On ralentissait devant chaque étagère et depuis la voiture on inspectait leur contenu.
Après avoir choisi le contenu du panier, nous nous sommes garés en face d’un supermarché, dans une rue mal éclairée, pour qu’elle puisse ranger son panier. Pas plus de cinq minutes ne s’étaient écroulés, deux hommes que l’on ne pouvait identifier, surgissaient dans le noir pour nous braquer. Pour que vous ayez une image précise, j’étais sur le siège passager en avant et Angéla juste dernière moi.
En situation de grand danger, j’ignore pourquoi mon âme quitte mon corps un instant. Une sensation étrange où il m’est impossible de bouger, ce qui ne m’empêcha pourtant pas d’entendre Angéla descendre et claquer la portière de la voiture pour les affronter. A cet instant, quelque chose en moi me dit que nous étions dans la merde. Une fois face à eux, sa voix s’éleva sans frisure. Elle trancha, en créole, comme une maman qui tirait les oreilles de ses enfants. : « Si nou vle on bagay mande’m pito, sa yo pa pou nou ». Je pense qu’à ce moment-là, elle laissa tout le monde bouche bée, même les assaillants.
L’un d’eux descendit sur la moto pour lui faire face et Angéla lui donna pour son compte. Elle ne lâcha pas. Pour calmer la situation, notre ami leur tendit mon téléphone et de l’argent qu’il avait dans sa bourse. Geste qui contrariât Angéla lorsqu’elle l’a apprise plus tard. Les jours qui suivirent, je racontais ma péripétie et tout le monde donna tort à mon amie. Des années après, ce moment est souvent revenu dans mes pensées et la même question me torturait : Pourquoi ce réflexe de se courber à l’assaillant plutôt que de défendre son amour propre, sa vie et sa famille ?
Potentiels non exploités
Nous sommes un peuple rempli de paradoxe. Entourée d’eau de toutes parts, pourtant nous ne savons pas nager. Nos compétences ne sont adaptées à notre environnement. Quant au sujet de la défense, on ne pourrait pas dire que nous sommes une nation fondée sur la guerre, la protection et la gloire. J’aime souvent répéter cet article de la constitution impériale qui se lisait comme suivant :
Article 10 :
« Nul n’est digne d’être haïtien, s’il n’est bon père, bon fils, bon époux ; et surtout, bon soldat. »
Cet article selon moi est clair. La constitution Impériale de 1805 voulait une Haïti militaire ; que l’on soit toujours prêt à défendre sa famille par extension son pays. Elle traçait la donne. Et c’est objectivement l’une des plus belles directives jamais écrites. Même Sun Tzu devrait s’en inspirer.
Notre époque a-t-elle moins de menace pour qu’on fuit les assaillants et mépriser la culture de se battre ? A présent, inconsciemment, on compte sur les forces de l’ordre, le voisin qui a une arme, une personne extérieure. On se terre comme un chien. On pratique l’art d’être faible.
Il n’y a aucune gloire à être victime
Un argument que j’aime entendre, et qui fait mal : « Quand on a une arme, on est beaucoup plus en danger ». Moi qui ai une grande gueule, elle me laisse sans voix. C’est à croire qu’on s’applique à être victime. Nous nous effaçons pour ne pas attirer le mauvais œil de l’autre. Quel que soit notre tactique, la nature fini toujours par écarter les faibles. Elle est dure, brutale et efficiente.
Nous jouons tellement aux victimes que l’assaillant même en tremblant fini par mettre le masque d’un grand stratège. Pourtant, ce dernier n’est qu’un petit garçon qui fondrait en larme après le premier coup d’une légère fessée. La société lui a montré comment se comporter en master mind. A présent, il met son costume chaque jour pour nous traquer.
Ne pas posséder une arme quelconque pour se défendre ne nous assure pas automatiquement que l’autre ne va pas s’en procurer illégalement. C’est selon moi une approche simpliste. Ce qui me trouble, c’est de savoir si les gens détestent vraiment les armes ou sils ne veulent simplement pas que d’autres aient le courage d’avoir et de prendre les moyens pour défendre leur famille.
Il y a une chose à laquelle je crois fermement : Il faut être capable d’une grande violence pour obtenir la paix. Jouer aux Gandhi lorsqu’on aimerait s’opposer à la force machiavélique de l’autre, fait de nous des incohérents. Je crois qu’il faut que la société soit dure avec les criminels. Il faut éviter la route d’Angela Davis, pseudo-marxiste, qui propose qu’on soit compréhensible envers eux ; qui présente maladroitement des solutions alternatives et « humaines », à la mère Theresa, autres qu’écarter de façon tranchant les criminels.
Quoiqu’il en soit, il est important de se souvenir, l’empereur peut encore nous murmurer ses légendes :
« Au premier coup de canon d’alarme, les villes disparaissent et la nation est debout. »












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