Naelle sortit de chez elle nonchalante. Elle allait juste se promener dans le quartier de bourdon pour prendre de l’air. Chaque été la chaleur s’amplifiait. On dirait que chaque année le soleil descendait plus bas sur l’Ile. Elle portait une robe jaune fleurie évasée, des sandales artisanales. Belle de figure, voluptueuse. Elle a ce physique qui attire le regard. Cet après-midi, elle se sentait léger. Elle secoua le fresco qu’elle venait d’acheter et la porta à sa bouche. Elle ne savait pas que deux blocs de chez elle, sa route allait croiser des individus qui vont changer le cours de sa vie et l’entacher. Naelle s’était fait violée brutalement. Sa robe jaune était maculée de sang, de sperme. Ils lui ont craché dessus, lui ont pissé dessus et l’on laissée pour morte.
Sauf qu’elle ne l’était pas et qu’elle a pu les identifier… ils étaient trois. Trois amis. Naelle avait l’appui de sa famille et de ses amis. Ils décidèrent de porter plaintes. Pour crime. Le procès dura une petite éternité. Le verdict 15 ans de prison. Les messieurs cherchant la réduction de peine, décidèrent d’aller en appel. L’appel est confirmé. Insatisfait leur avocat décida d’accompagner leurs clients jusqu’au bout pour qu’ils obtiennent une chance à la justice. La Cour de Cassation statua sur le dossier : Qu’il n’y a pas eu de viol et que le dossier était entaché d’erreur. Les trois messieurs étaient libres. Justice était rendue.
Un extrait de l’arrêt pouvait être lu comme suit :
Considérant l’article 2 du décret du 11 aout 2005, il n’y a pas eu de viol parce qu’il n’est défini nulle part dans ce texte de loi.
Vous êtes horrifié ? Vous vous demandez pourquoi justice a été rendue. Vous vous dites que la Cour de Cassation siège que des juges misogynes. Que les juges ont été achetés. Que c’est une honte qu’une société traite ces victimes de la sorte. Que la démocratie a fait 10000 pas en arrière.
Laissez-moi vous dire que la justice a bel et bien été rendue. Le viol est un crime flou dans la législation haïtienne. Que disait le Code Pénal. Ce dernier stipulait ce qui suit en la matière:

Vous vous souvenez en classe de troisième secondaire de votre premier exercice de dissertation le professeur vous demandait de définir les termes clés dans l’introduction ? Il vous expliquait que c’était dans le but de clarifier le sujet, de le contextualiser, d’éviter les malentendus mais surtout d’avoir une base solide pour donner de la crédibilité à votre travail. Si vous vous en souvenez-vous comprendrez que cet article avait un sérieux problème de méthodologie, personne ne peut être sure à 100% de quoi voulait parler le législateur « crime de viol ». Renvoie-t-il le juge au dictionnaire pour punir le crime ? Pourtant le principe fondamental précise qu’il n’y a pas de crime ni d’infraction sans texte de loi. Cet article au plus grand contentement des juristes, surtout des organisations de droits humains sur le terrain sera modifié par le décret du 11 aout 2005. Ce décret sera célébré…

Vous avez bien lu. Un groupe de neuf âmes, neuf corps, neufs cerveaux avec toute leur capacité, neufs opinions, neufs façon de penser se sont appliqués pour reproduire la même bêtise. Un texte de loi sans définition. Le texte de loi ne vient pas aider. Il s’érige en obstacle même. Une épine au pied. Le décret du 11 août 2005 n’a aucune sorte d’importance. C’est à penser qu’il est un outil visant à protéger certains. Le législateur se couvre-t-il ? Les organisations de droit humain sont-elles aveugles ou ce désir d’accompagner les haïtiens, surtout les femmes n’est que parole en l’air ? A-t-on fait un travail de copie sur la France et oublier de bien plagier ? Ont-ils réellement travaillé ?
Pourtant, le code pénal français sur la question d’agression sexuelle est bien précis et ne laisse pas la place aux devinettes. L’article 222.23 du code pénal français stipule : « tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol. »
Tout acte de pénétration sexuelle… tout acte de pénétration sexuelle…
Le système juridique américain de son côté bien que complexe et que les lois sur le viol varient d’un état à un autre, il y a un aspect qui demeure constant, la définition du terme : une pénétration sexuelle non consentie. Le code criminel canadien comme on pouvait l’imaginer, suit le même schéma.
Nous sommes en 2023, nous ne savons pas comment identifier le viol en Haïti. C’est x de de notre équation. Le mystère à résoudre. L’énigme à découvrir. Notre casse-tête chinois. Nous avons besoin de choisir ces législateurs qui ont la notion de la méthodologie, de les faire comprendre qu’ils n’ont qu’un seul job, de créer des outils essentiels au service de la justice… Leur travail ne consiste pas à nous donner un autre en retour. Les contraindre à faire ceux pourquoi ils touchent l’argent des contribuables…bien légiférer, pour éviter l’incertitude juridique, l’injustice, les difficultés d’application et les recours en justice.













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