Le son de la balle a fendu l’air et j’ai perdu mes sens. Pendant un instant, le visage d’une amie assassinée avec sa famille est passé devant mes yeux. Je semblais avoir quitté mon corps ; quelqu’un m’a probablement soulevé ou j’ai dû courir, mais je me suis retrouvé sur une petite colline, impuissante, à regarder des hommes armés entrer chez mes voisins. Ce soir là, ce qui m’a sauvé de mes pensées, c’est un livre de Stephan Hawking que j’avais dans mon sac, Petite Histoire de l’Univers…
Ce n’était pas la première fois que je vivais une catastrophe et devais chercher un endroit où passer la nuit : à l’âge de huit ans, aux Gonaïves, lors du cyclone Jeanne, je me rappelle que j’étais trempée, tout comme mon petit frère, dans une maison inconnue tout une nuit, ignorant si ma mère avait survécu. Ma deuxième fois que surement la plupart d’entre vous ont vécu, fut lors du tremblement de terre du 12 janvier 2010.
C’est un étrange sentiment de ne pas avoir de toit sur la tête, de ne pas savoir où l’on va dans sa vie, quelle direction prendre. Ce fut pourtant mon cas, ainsi que celui de nombreux déplacés. On assiste à notre nomadisme dans propre notre pays. Il nous bouscule, nous met à genoux, nous réduit à l’essentiel. Un an après cette expérience, Haïti a tout simplement empiré, et ce que l’on vit dépasse toute imagination.
Le pays nous contraint à ralentir, à mettre en pause nos projets, surtout pour les jeunes de mon âge. Pourtant, notre génération n’a jamais connu de meilleur contexte. Ce qui est concertant c’est que nous ne demandons pas du bonheur, mais tout simplement un peu moins de souffrance.
Quelque part dans ce bordel, je me suis dit qu’il fallait que je fasse quelque chose de mes journées, sinon je pourrais sombrer dans un trou noir d’où on ne revient jamais. Mon esprit est comme un singe fou ; lui et moi, nous ne vivons jamais dans le présent. Je m’inquiète pour ma sœur, mon frère et chaque membre de ma famille. Mes pensées me tourmentent et parfois, j’ai envie de les faire taire. Je refuse de simplement exister, d’avoir un cœur qui bat pour ne pas traverser.
Chaque jour, je m’engage dans une routine qui m’inspire à rester forte et présente. Aller travailler est plus qu’une obligation ; c’est un rempart contre le découragement. Je donne le meilleur de moi-même, et lorsque je ne peux pas faire mieux, j’apprends tout simplement à lâcher prise.
La salle de sport est mon refuge quotidien. J’y vais avec style, m’inspirant d’Audrey Hepburn dans « Breakfast at Tiffany’s » en prenant soin de ma santé physique et mentale. C’est là que je transforme ma séance en un mini défilé de mode.
La lecture et l’écriture sont mes échappatoires vers la beauté intérieure. Elles m’offrent un monde où tout est possible et où la beauté peut tout changer.
Prendre soin de ma peau et de mes cheveux est une passion que je chéris. Passer du temps devant le miroir en écoutant une bass de reggae me procure un calme profond.
Et la cuisine ? C’est ma plus grande joie. Depuis mes sept ans, je découvre un bonheur immense à préparer chaque détail, du marché à la présentation finale.
Cette routine me nourrit et m’apaise, me permettant de rester ancrée dans le présent malgré les défis.Et vous, quelle est votre routine ? Quelle activité, lorsque vous la réalisez, vous oblige à rester dans le présent ? Avez-vous une passion qui est toujours opérationnelle ? Comme la lecture? Ou un moment de qualité passé avec quelqu’un que vous aimez ? Peut-être est-il temps de suivre ce cours en ligne ou d’assister à ce séminaire. Quelle que soit votre situation, j’espère qu’il est toujours possible de faire quelque chose même avec des moyens limités. Et même si vous n’avez pas envie ne penser pas et agissez. Ce que j’ai fini par comprendre ces derniers jours c’est l’action qui donne la forme… Agissez et le mental suivra.
Quoi qu’il en soit, il est impératif de continuer à agir comme des êtres vivants. Il est impératif de continuer à vivre…
En attendant…
En attendant…
Cherchez votre instant de paix dans cette tempête éprouvée.













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